Ecrire…pourquoi et comment ?

 

 

 

 

 

Le bonhomme

J'ai eu la chance d'être initié, pendant mes études, par des "maîtres" qui méritaient ce titre, aussi bien aux lettres classiques (incluant le latin et le grec) qu'aux sciences de la nature. Sans doute parce que j'ai acquis, très tôt, ce que Jacqueline de Romilly appelait "la culture du détour", il m'apparaît à la fois sage et efficace de ne juger les événements contemporains qu'à la lumière des temps historiques et de ce que nous en avons appris. De là vient, je crois, ce qui m'a poussé à aborder la littérature par le biais du roman historique.

 

Pourquoi écrire…

Chacun a ses raisons, je ne suis pas certain de connaître les miennes. Mettre au clair ce qui me tient au cœur et à l'esprit, sans aucun doute. Mais il reste la suite : pourquoi se faire éditer ?

C'est bien sûr une façon de se rapprocher des autres, de ceux qui me liront.

Je recherche une façon d'écrire (un "style") qui vise la simplicité : laisser le lecteur face aux personnages que le roman lui fait rencontrer. N'en déplaise à certains théoriciens, n'en déplaise à ceux pour qui le roman est mort : lire, ou raconter, une histoire avec un début, un milieu et une fin reste pour le lecteur un moment de vie intense, et pour l'auteur un moyen de partage. 

 

A partir des personnages qui "frappent à la porte"

Un personnage, dans une situation donnée, me paraît s'imposer à moi. Comme le dit Fabienne Juhel, auteur que j'admire, il "frappe à ma porte".

Par exemple :

Au départ de Zotos l’Athénien était le souvenir de l’Anabase, l’expédition des Dix Mille, ces mercenaires grecs s’enfonçant en Asie telle que la raconte Xénophon, étudiée en classe de grec à l’âge de… quinze ans. Les années 2000 ont été trop riches d'expéditions militaires hasardeuses dans des régions proches pour que ne s'impose pas à moi un jeune homme enrôlé par hasard, découvrant au fil du temps la réalité de la guerre, de la mort, des violences faites aux populations civiles. Comme ce garçon vient bien de quelque part, j'ai dû plonger dans la Guerre du Péloponnèse, la défaite d’Athènes, découvrir les personnages restés célèbres qui vivaient à cette époque. Puis le récit même de l’Anabase fait surgir des personnages « secondaires » dont on ne peut que s’inspirer, y compris cette favorite de Cyrus, désignée comme « La Milésienne », qui arrive à point nommé pour s’insérer dans la vie de Zotos. A partir de tout cela se construit un héros dont la vie se déroule dans la logique de ce qu'il est intérieurement.

Lors d’une de mes lectures de l’Odyssée, j’avais été ému par l’évidence d’un amour possible et non réalisé entre Nausicaa et Ulysse (Chants VI, VII et VIII). D’où cette idée : « Un jour, peut-être, je raconterai ce qui n’est pas raconté… » Et c’est ce que j’ai fait dix-sept ans plus tard (La dernière escale, nouvelle, rédigée en 2006, qui donne son nom au recueil publié en 2010). Une première tentative m’avait laissé insatisfait, par son style trop directement inspiré de la traduction de Victor Bérard. J’ai reconstruit par séquences avec des découpages de temps, des monologues, des rencontres. Quel Ulysse ai-je fait revivre : est-il inspiré de celui d’Homère, de celui de Giraudoux (La guerre de Troie n’aura pas lieu), de l'homme inquiétant que décrit Euripide, par des exégèses… ou simplement est-il une facette potentielle de moi ? Je n’en sais rien. Comme je ne sais pas d’où vient cette Nausicaa si moderne, ou plutôt intemporelle, dans sa droiture et son aspiration à la liberté.

Quant aux Cendres de Persépolis, j’y suis entré plus vite que prévu. Bien sûr… Ce jeune homme s’enfonçant dans l’immensité de l’empire perse, avec les rêves de grandeur que lui avait inoculés sa mère, je le voyais très bien contrarié dans ses désirs irréalistes. Me voilà donc parti avec lui au hasard des chemins, ensuite ses mésaventures me semblent aller de soi. Jusqu’au moment où je suis encore rattrapé par la grande Histoire : que se passait-il alors dans la mythique cité de Babylone ? Découvrant à cette occasion l’existence (réelle) du général athénien Iphicrate, mercenaire au service des Perses, et l’échec de cette opération de reconquête de l’Egypte révoltée, tout s’enchaînait. Puis il suffit de regarder les dates, de construire un pont avec l’expédition d’Alexandre, en compagnie des chroniqueurs antiques.

C'est un peu par hasard qu'Elissa apparaît vers la fin des Cendres de Persépolis. Mais elle y vit avec une vraie densité, et ce personnage de beauté maltraitée par la vie, rebelle, sensuelle et quelque peu calculateur appelait un volume entier pour le faire vivre !

Ce n’est qu’après avoir terminé un bouquin (parfois bien après) que je découvre ce qu’il porte en lui. Avec du recul j'ai tenté de comprendre ce que j'avais écrit moi-même : cf. l'onglet "Les personnages".

 

Ecrire et se faire publier

 L’écriture est une fin en soi. Une nécessité, plutôt. J’écris parce que j’y suis poussé, parce que cela m’est nécessaire. Non en dilettante : c’est un travail à plein temps, avec cet avantage qu’en dehors des moments de finition de maquette, nul ne m’impose de contraintes. Sauf moi.

J’écris ainsi (recherches comprises) comme pour un travail à plein temps. Un travail que j’ai choisi et que je fais avec bonheur.

Evidemment, ce n’est pas si simple. Plutôt que des moments de découragement, j’ai des moments de doute : « ce que j’écris, c’est de la m… ». C’est surtout vrai dans les mois qui suivent la publication du bouquin, tant que quelques avis positifs ne sont pas venus me remonter le moral (Faiblesse de l’âme humaine…)

Parce qu’on peut me lire, puisque je suis publié.

Jusqu'à ce jour, je le dois à Françoise Mingot-Tauran, directrice des éditions Wallâda, qui a fait le choix de parier sur Zotos l’Athénien, et de persévérer de façon à ce que la trilogie s'achève avec Le soleil d'Elissa. Mon écriture (ma voix, mon pas) est si différente de la sienne que nos débats sont souvent vifs, mais soutenus par l’amitié.

 

 

 

 

 

 

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